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Céramiques asiatiques et islamiques

 

La Chine : à l’origine de la porcelaine

 
Les avancées technologiques de la Chine dans le domaine de la céramique - invention du grès, de la porcelaine, des décors peints sous couverte et des émaux de petit feu sur porcelaine - ont depuis deux millénaires suscité un intérêt sans égal de la part des collectionneurs et des potiers occidentaux.
 
Coupe, porcelaine à couverte bleue, par Yoshirô Kimura (né en 1946). Japon, 1999
 
Les analyses des pâtes et des émaux polychromes ont permis à l’Occident de percer les secrets chinois. L’étude des revêtements monochromes, comme les couleurs céladon (oxyde de fer) et sang de bœuf (oxyde de cuivre) a ouvert la voie à des inventions originales.
 
C’est dans un souci de performance technique et d’études que le directeur de la Manufacture de Sèvres, Alexandre Brongniart et Désiré Riocreux, premier conservateur du Musée céramique et vitrique de la Manufacture, ont commencé au XIXe siècle à réunir des collections asiatiques d’une grande diversité de matières et de décors. Ces pièces n’étaient pas seulement collectionnées comme objets d’admiration, mais devaient servir de pièces de référence pour la production française, en particulier celle de la Manufacture de Sèvres.
 
C’est dans cette optique et à l’initiative de Jacques Joseph Ebelmen (1814-1852), directeur de la Manufacture, que le sinologue Stanislas Julien (1797-1873) et le chimiste, Louis Alphonse Salvetat, traduisirent et commentèrent l’ouvrage chinois Jinddezhen taolu sous le titre Histoire et fabrication de la Porcelaine chinoise en 1856.
 
Reflet des recherches céramiques et du goût pour l’exotisme en France, la collection extrême-orientale comporte près de 3 000 pièces.
 
Elle est constituée d’une part de matériaux bruts et de pigments rapportés de Chine, d’autre part d’objets de grande qualité artistique acquis depuis les premières années du XIXe siècle (1808) jusqu’à nos jours, en faisant appel à des sinologues célèbres (en 1851, Stanislas Julien, en 1875-1882, André Billequin), à de grands antiquaires (Tadamasa Hayashi, 1903, Loo, 1932), à des diplomates (en Corée, Collin de Plancy, 1893, et en Chine (Frandon-de la Voltais, 1894), à des amateurs et à des voyageurs.
Les expositions universelles du XIXe siècle complétèrent cet ensemble.
 
Le chef d’œuvre de la collection est sans aucun doute un grand plat de plus de soixante centimètres de diamètre en porcelaine à décor peint en bleu sous couverte, rare témoignage du début des décors peints en bleu de cobalt sur porcelaine vers 1325, dans les célèbres fours chinois de Jingdezhen.
 
Au cours du XXe siècle, des pièces essentielles à l’étude des échanges et des influences entre l’Extrême-Orient et l’Occident sont venues enrichir la collection : porcelaines chinoises d’exportation, grès japonais. Des œuvres d’artistes contemporains de courant traditionnel (désignés au Japon et en Corée sous le nom de « Trésors nationaux vivants »), des courants d’avant-garde et du design permettent de suivre la réponse originale de ces pays face aux mouvements artistiques internationaux et contemporains.
 
Témoins inestimables de l’évolution du goût en France, en matière de céramique, les porcelaines chinoises évoquent les décors des demeures seigneuriales de l’Ancien régime, les porcelaines japonaises soulignent l’influence de Kakiemon sur la production française de Saint-Cloud et de Chantilly. Les surfaces des grès japonais aux couvertes superposées et leurs motifs décoratifs soulignent les sources d’inspiration du courant japonisant et de l’art Nouveau. Les terres cuites indiennes, reflets de la vie quotidienne et des croyances religieuses, rappellent la persistance de traditions millénaires, tandis que les pièces du Cambodge ou de la Corée rappellent les débuts de nouvelles connaissances archéologiques dans ces domaines.
 

 

Le Proche-Orient, à l’origine de la faïence

 
Aucun parcours technique ou historique de la céramique ne serait complet sans prendre en compte les pays islamiques, auxquels l’Occident est redevable de la technique de la faïence.
 
Probablement inventée en Irak au IXe siècle, transmise à l’Europe via l’Espagne mauresque, et diffusée en France depuis l’Italie, la faïence (ou majolique) permettait d’imiter la porcelaine chinoise sans avoir recours à la pâte de porcelaine : elle utilisait un revêtement (appelé glaçure) opacifié à l’oxyde d’étain qui dissimulait la couleur brun rouge de la terre cuite par une couche blanche uniforme. Des décors peints pouvaient y être appliqués et s’y détachaient avec un bel effet comme sur la porcelaine.
 
En 1844, le conservateur du Musée comprit immédiatement l’intérêt que représentait un premier don de céramique islamique dans un lieu où les arts céramiques devaient être « compris dans leur histoire, leur pratique et leur théorie ». Il s’agissait de deux coupes à décor lustré syriennes du XIIe siècle offertes par l’Amiral Despointes. Ces oeuvres plaçaient immédiatement la collection parmi les plus belles du genre.
 
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la mode des arts du Moyen-Orient auquel le directeur de la Manufacture et céramiste Théodore Deck n’échappa pas, incita le Musée à s’enrichir de tessons pour servir de matériel d’étude. Ces fragments inestimables, récoltés sur les sites de Rayy en Iran (1868, 1873, 1875) et de Fostat en Egypte (1892, 1897), constituent un répertoire complet des techniques islamiques.
 
De nos jours, les collections iraniennes permettent de retracer mille ans d’histoire de la céramique de cette civilisation du IXe siècle au XIXe siècle, grâce à des pièces rares. Des terres cuites ornées de motifs symboliques et d’inscriptions prophylactiques proviennent de Transoxiane et du Khorassan (Nishapour). Des terres siliceuses aux décors en émaux de petit feu (minaï) du XIIe siècle reprennent les thèmes de la miniature persane.
 
Plaque de revêtement provenant du Sanctuaire de l’Empreinte d’Ali, terre siliceuse à décor lustré, Iran ilkhânide, Kâshan, datée 1311-1312
 
La domination mongole des Ilkhânides est illustrée par de belles céramiques en lustre doré de Kâshan. Un remarquable ensemble de céramiques safavides permet d’apprécier les nombreuses techniques décoratives de cette époque : décor lustré sur fond coloré, décor bleu et blanc, céramique blanche, décor d’émaux à la ligne noire, carreaux muraux.
La paire de disques de fondation du Sanctuaire de l’Empreinte d’Ali, à proximité de Kâshan, à décor lustré est datée de 1311-1312. Leur rareté, leur qualité technique et artistique en font un des joyaux de la collection. L’un de ces disques est un don de 1937 du docteur Chompret ; il a pu être complété par le second disque grâce à une acquisition en salle des ventes en 1996.
 
Les céramiques provenant de Turquie ottomane constituent la plus complète collection de ce genre existant en France. Dans cette région du monde, la céramique architecturale prit un essor fulgurant dans la seconde moitié du XVe siècle, propulsant les ateliers d’Iznik au premier plan de la scène artistique. Arabesques et motifs chinois peints en bleu sur un fond blanc opaque ornent les plats les plus anciens (vers 1480). Cependant, vers 1530, les potiers modifièrent leur palette en y ajoutant un bleu turquoise qu’ils adaptèrent à des motifs floraux originaux : œillets, jacinthes, tulipes. En l’espace de quelques dizaines d’années, les céramiques d’Iznik chatoyèrent de nouvelles couleurs : violet aubergine, vert tilleul et finalement un rouge célèbre mis au point vers 1560. Cet ensemble est complété par des fragments architecturaux de mosquées et édifices d’Istanbul.
 
La céramique arménienne du XVIIIe siècle et la céramique de Çanakkale du XIXe siècle permettent une vue d’ensemble de la production turque.
 

 
Quelques céramiques asiatiques :Grand plat, porcelaine à décor peint en bleu sous couverte. Chine, Epoque Yuan, vers 1325-1340Verseuse à eau, porcelaine de type blanc bleuté (qingbai). Chine, Epoque des Song du sud, XIIe siècleCoupe, grès à décor peint sous couverte de type e-shino. Japon, fin de l’époque de Momoyama (fin du XVIe siècle - début du XVIIe siècle)Bol couvert, porcelaine à décor en émaux sur couverte, de style Imari. Japon, vers 1680Bol à thé, terre cuite à glaçure plombifère, signé Raku. Japon, XVIIe siècleGrande jarre, porcelaine à décor de dragon peint en bleu sous couverte, Corée, XVIIIe siècle
 
Quelques céramiques islamiques :Coupe à inscription en caractères koufiques : « Bien réfléchir avant d’agir vous préserve des regrets, Prospérité », terre cuite à décor peint en engobe brun sur engobe blanc, Iran, Nishapour, Xe-XIe siècleCoupe au lotus, terre siliceuse à décor lustré, Syrie, Damas, première moitié du XIIe siècleVerseuse en forme d’oiseau, terre siliceuse à décor bleu et blanc, Iran, datée 1491-1492Plat, terre siliceuse, décor peint en noir sous glaçure turquoise, style de Kubachi (probablement Tabriz), Iran safavide, XVIIe sièclePlaque de revêtement provenant du Sanctuaire de l’Empreinte d’Ali, terre siliceuse à décor lustré, Iran ilkhânide, Kâshan, datée 1311-1312Disque à décor épigraphique « Profites de la vie pour faire de bonnes actions, car tu vas vite disparaître et fais vite car la mort est rapide… », terre siliceuse à décor peint, Syrie, Damas, époque mamelouke, vers 1425-1430Plat, terre siliceuse à décor polychrome, Turquie ottomane, Iznik, vers 1550Grand plat, terre siliceuse à décor bleu et blanc, Turquie ottomane, Iznik, vers 1480